Le tourisme est l'un des secteurs les plus solides financièrement en Belgique 94,9 % en bonne santé : pourquoi les agences de voyage belges prospèrent
94,9 % des entreprises de voyage belges sont considérées comme financièrement saines. Selon la BTC, cela place le secteur parmi les trois plus performants de l'économie belge, devançant la plupart des secteurs que l'on croirait plus solides.
94,9 % des entreprises de voyage belges sont considérées comme financièrement saines. Selon la BTC, cela place le secteur parmi les trois plus performants de l'économie belge, devançant la plupart des secteurs que l'on croirait plus solides.
Cela surprend. Le tourisme a la réputation d'être fragile : marges faibles, demande dépendante de la météo, géopolitique volatile, et le souvenir du COVID qui a arrêté le secteur du jour au lendemain.
Les chiffres racontent une autre histoire, surtout comparés à ce que faisait le reste de l'économie.
Ce que « financièrement sain » signifie réellement
Les chiffres proviennent du Shock Resistance Report et du modèle à 9 cases de Graydon, que la BTC publie chaque année dans son rapport du premier trimestre. Le modèle sépare les entreprises selon deux axes, la santé financière et la résistance aux chocs, et c'est cette distinction qui rend les chiffres particulièrement intéressants.
48,6 % des entreprises de voyage belges sont à la fois saines et résistantes aux chocs. Ces entreprises peuvent absorber une mauvaise année (une saison perdue, une perturbation géopolitique, la faillite d'un fournisseur) sans y laisser des plumes. Près de la moitié du secteur se situe dans cette catégorie la plus solide.
49,2 % sont considérées comme résistantes aux chocs sur cet axe, et 81 % se situent dans la « zone sûre » globalement. Toutes les entreprises de la zone sûre ne sont pas résistantes aux chocs, mais toutes reposent sur des fondamentaux solides.
Le tourisme n'est pas un secteur qui vit sur le fil du rasoir. Il a passé les années post-COVID à assainir ses finances, et les chiffres le prouvent.
Le contraste avec le reste de l'économie
La stabilité du secteur du tourisme tranche nettement avec le contexte belge. En 2023, un nombre record de 6 324 entreprises ont fait faillite en Flandre, et à l'échelle de la Belgique, le total est monté à 10 771, revenant aux niveaux d'avant COVID après deux années artificiellement calmes dues à la pandémie. La construction et l'horeca ont été les secteurs les plus touchés à l'échelle nationale. Face à cela, le tourisme a maintenu sa place dans le peloton de tête de la santé financière.
La lecture de décembre 2025 de Graydon sur l'ensemble des PME belges (jusqu'à 49 employés) a révélé que 38,5 % se situaient dans le segment le plus solide. C'est-à-dire, saines avant la crise et disposant encore de réserves après le choc économique. À l'inverse, 33,6 % se trouvaient dans la catégorie la plus basse, ayant besoin de nouveaux capitaux pour survivre.
Les 48,6 % du tourisme à la fois sains et résistants aux chocs dépassent largement cette référence tous secteurs confondus. (Ces chiffres PME couvrent l'ensemble de l'économie, pas seulement le tourisme, mais ils montrent la référence à laquelle le secteur est comparé.)
La résilience se reflète aussi dans les données de défaillance propres au secteur. Le fonds de garantie voyages belge, Garantiefonds Reizen, qui couvre les agences et opérateurs affiliés contre l'insolvabilité, a enregistré plus de 700 jours sans réclamation : aucune faillite, aucun voyageur bloqué.
La dernière grande insolvabilité du secteur du voyage belge qu'il a dû gérer à grande échelle remonte à la faillite de Thomas Cook en septembre 2019. (Ce chiffre reflète le réseau affilié propre au fonds plutôt qu'un audit indépendant à l'échelle du secteur, mais reste un signal significatif de stabilité.)
Comment le secteur a préservé ses marges
Cette résilience n'est pas un hasard. La BTC l'attribue à trois évolutions.
Les consommateurs dépensent désormais davantage par personne, et cette hausse des dépenses a dépassé celle des prix.
Les agences sont passées de la simple revente à l'organisation de leurs propres produits, ce qui leur donne un contrôle direct sur les marges.
Les frais de service transparents sont devenus la norme, et les clients les acceptent de plus en plus. Ce dernier point compte particulièrement dans le contexte de la directive révisée sur les voyages à forfait : les frais facturés de manière transparente échappent aux forfaits que la directive régit. Nous aborderons ce sujet dans un prochain article.
La propre lecture du marché par la BTC explique pourquoi cela s'est produit. Le secteur est passé d'un marché de vendeurs à un marché d'acheteurs sous la pression de la baisse des commissions. Cette pression a poussé les agences vers une meilleure organisation et une maîtrise des marges.
Les entreprises qui se sont adaptées fonctionnent de manière plus rigoureuse qu'auparavant. La consolidation n'a pas affaibli le secteur ; elle a concentré la force chez les opérateurs qui se sont adaptés.
Le benchmark qui sous-tend tout cela : la marge brute moyenne du secteur doit atteindre 12,53 % pour atteindre le seuil de rentabilité. C'est la part du chiffre d'affaires total qu'une agence doit conserver simplement pour couvrir ses coûts fixes, avant de payer qui que ce soit.
Sur une réservation de 1 000 €, cela signifie conserver au moins 125 €. En dessous de ce seuil, l'entreprise fonctionne à perte, quel que soit son niveau d'activité apparent. Avec la baisse des commissions, la BTC souligne que de nouveaux modèles économiques, des produits à meilleure marge et des frais de service ne sont plus optionnels pour les entreprises concernées.
Une nuance régionale à garder à l'esprit
La Flandre est légèrement en avance sur la Wallonie, et cet écart se retrouve de façon constante d'une lecture à l'autre.
En Flandre, 96 % des entreprises sont financièrement saines, 48,7 % sont à la fois saines et résistantes aux chocs, et 82,6 % se situent dans la zone sûre. En Wallonie, les figures sont 93,4 % saines, 48,0 % saines et résistantes aux chocs, et 77,6 % en zone sûre. La Flandre tire actuellement la moyenne belge vers le haut.
L'écart n'est pas spectaculaire, mais il se maintient. Pour le positionnement du secteur, c'est le chiffre national de 94,9 % qui compte. La nuance régionale compte si vous vous comparez à des pairs directs sur votre propre marché.
Ce que cela signifie pour votre agence
La moyenne du secteur est solide. Mais les moyennes masquent les situations individuelles.
Savoir où vous vous situez par rapport au seuil de rentabilité de 12,53 % permet de savoir si vous faites partie des 94,9 % ou si vous en êtes exclu. Les recommandations de la BTC pour les agences souhaitant renforcer leur position sont concrètes :
Renforcer les fonds propres par rapport au chiffre d'affaires
Améliorer la gestion de trésorerie
Revoir tous les accords fournisseurs
Resserrer les conditions de paiement.
Les frais de service, facturés de manière transparente et distincts de la marge, devraient être réexaminés régulièrement en fonction de l'inflation et de l'indexation.
Le secteur est en bonne santé. La question est de savoir si votre agence l'est aussi.
Sources
Graydon Shock Resistance Report & 9-grid, via BTC (Belgian Travel Confederation), Travel Intelligence Report Q1 2025
Garantiefonds Reizen (GFG), communications publiques (record d'insolvabilité du secteur)